C'est avec beaucoup de
peine que j'écris ces lignes. J'ai comme l'impression de
voir un film et j'aimerais tant pouvoir éteindre la télé
et aller me coucher... Seulement de ce film j'en suis l'une des
actrices, et j'ai tellement mal que rien apparemment ne pourra apaiser
cette douleur.
Je suis mariée depuis 22 ans et j'ai 4 enfants. Pour mon
mari j'ai changé de pays et je vis seule sans ma famille
car nous nous sommes mariés par amour. Il y a 3 mois, j'ai
découvert que mon mari me trompait avec une collègue
de travail. Cette découverte a été très
dure car c'est la mère de son amante qui m'a téléphoné
après la mort de son gendre, mort à cause de la découverte
de la liaison de sa femme avec mon mari.
Au début, mon mari a essayé de nier, mais après
plusieurs jours j'ai découvert toute la vérité
: mon mari, depuis des années, vit une double vie, et moi
comme une imbécile je n'y ai vu que du feu. J'ai décidé
de lui pardonner après longue réflexion et après
que mon mari ait décidé d'arrêter de la voir.
J'ai honte de le dire, mais même après lui avoir pardonné,
j'ai quand même essayé de chercher dans son portable,
et toute conversation au téléphone de sa part est
devenu un doute. En plus, elle continue de travailler avec lui.
J'ai découvert par sa note de portable qu'il continue à
lui parler, et une nouvelle crise est apparue. Il a pleuré,
supplié que je lui pardonne, et une nouvelle fois, j'ai pardonné,
à cause de mes enfants.
J'ai laissé passer une chose importante, c'est que malgré
tout j'aime mon mari, et j'ai mal, tellement mal que je n'arrive
plus à y voir clairement. J'ai besoin d'aide. Mes enfants
jusqu'à présent ne savent rien (21, 19, 12 et 9 ans).
J'ai le sentiment qu'il me ment, que faire ? Je suis perdue, totalement,
sans personne à qui me confier. Faut-il que j'envisage le
divorce pour adultère ? Je n'en ai pas le courage...
Marlène
Bonjour Marlène ! Je ne te connais pas mais
je suis de tout coeur avec toi. Moi je suis réunionaise et
ici aussi il y a plein de cas comme toi, comme partout ailleurs.
Je te donne un conseil : c'est vrai que tu aimes ton mari mais il
n'y a jamais deux sans trois. Plus tu vas lui pardonner, plus il
te trompera encore. Alors prend ton courage à deux mains
et dis bien qu'on n'est pas sur la terre, en tant que femme, seulement
pour subir mais aussi pour réagir. Nous aussi on a le droit
d'être heureuse. Fais ce qui est bien pour toi mais surtout
prend la bonne décision, et je te souhaite de tout mon coeur
que tout s'arrange pour toi. Bon courage.
Marlène, la grande déception que vous
vivez vous fait vous sentir d’autant plus seule que vous n’avez
personne à qui vous confier, qui pourrait atténuer
le choc psychologique. Pourtant, il vous faut évacuer toute
cette souffrance au plus vite, parce qu’il en va de votre
équilibre personnel. Un équilibre devenu fragile parce
que la personne sur qui vous comptiez, votre mari, est justement
celui qui vous blesse par son infidélité et ses demandes
répétitives de pardon. A ce rythme-là, votre
santé risque d’en pâtir.
Si vous persistiez à vouloir tout subir seule,
vos comportements envers vos enfants risquent d’en être
affectés. Il vous faudrait jouer une telle comédie
du bonheur pour qu’ils ne s’aperçoivent de rien
que vous y perdriez la raison. Vous devez, avant de penser à
quoi que ce soit d’autre, penser à vous et trouver
le moyen d’absorber au mieux cette épreuve personnelle.
N’hésitez pas un instant à prendre rendez-vous
avec un psychothérapeute qui va immédiatement vous
aider à vous exprimer librement, puis ensuite vous aider
à régler concrètement l’évolution
de votre mariage. Il ne vous sert à rien de pardonner à
votre mari tous les quatre matins sachant que vous ne pouvez lui
faire confiance. Poursuivre ainsi vous torture infiniment plus que
de vouloir au contraire maintenir une opposition vis-à-vis
de lui. Votre mari a fait un choix de vie en vous trompant : il
doit en assumer les conséquences, y compris celles de votre
mauvaise humeur, voire de votre colère. Ne gardez rien en
vous et ne soyez pas une épouse bienveillante. Vous n’avez
pas à lui faciliter la vie, ni à lui faciliter l’absence
d’explication.
Vos enfants apprendront tôt ou tard la vérité.
Il serait préférable qu’ils soient informés
par votre mari en premier lieu puis par vous-même de la gravité
de la situation. Exigez que votre mari assume cette liaison. S’il
ne le fait pas, vous devrez, sans sombrer dans les détails
d’une vie de couple, révéler le contenu de la
crise de couple que vous vivez. Les enfants n’aiment pas entendre
ce genre de confidences, mais leur masquer la réalité
les surprotège et déséquilibre artificiellement
les rapports familiaux. Le thérapeute vous aidera à
vous préparer à parler à vos enfants en fonction
de leur personnalité. Ne faites rien sans vous être
rigoureusement préparée, car vous ne devrez pas vous
répandre et verbaliser outre mesure. Les enfants ne sont
pas là pour supporter la souffrance parentale : informer
oui, extérioriser sans restriction, non ! Dire des faits,
oui ; commenter par des impressions personnelles, non.
Notez comme ce mensonge de longue haleine vous fait
mal : si vous aussi vous laissiez s’installer le mensonge
entre vos enfants et vous, certains d’entre eux vous le reprocheront.
Une fois les problèmes mis à plat, vous pourrez décider
progressivement de réorganiser votre vie selon vos besoins.
Agissez graduellement, mais faites-vous aider par une personne neutre
et professionnelle. Prenez le temps de vous reconstruire sainement
avec une recherche personnelle. N’essayez surtout pas de tout
régler par vous-même, votre émotivité
légitime en de telles circonstances vous ferait commettre
des erreurs de jugement. Rappelez-vous, Marlène, qu’il
en va de votre dignité de ne pas pardonner sans avoir la
certitude que cette liaison soit réellement achevée.
Pour l’instant, n’agissez pas dans l’intérêt
d’un mariage qui est mis entre parenthèses, mais dans
votre intérêt propre. La vie de vos enfants se fera
d’autant plus concrètement qu’ils sauront que
leur mère a dû se battre dans son mariage, plutôt
que de reconnaître la faiblesse d’une mère qui
s’est laissée humilier indéfiniment par un homme
peu digne de confiance. Il ne resterait rien alors de l’idée
de famille. Un vide qu’ils seraient tentés de transposer
dans leur vie d’adulte. Les enfants aiment admirer les parents
forts, ceux qui mènent les combats.
Retrouvez vos forces pour démontrer que vous
parvenez à vous battre, et quand tout va mal, quand les larmes
sont trop fortes, confiez-vous à votre thérapeute.
Ainsi, dans votre couple vous devenez bagarreuse, et la faiblesse
vous la réservez à quelqu’un, le thérapeute,
qui vous apprendra à la gérer. C’est seulement
ainsi que vous ne vous détruirez pas, seule vous ne parviendrez
qu’à accumuler la douleur et vous voyez combien elle
ne vous permet pas d’être lucide. Ne restez pas seule
dans le désespoir, inactive !
Je vous souhaite beaucoup de courage.
hOHo
|